Vanessa Filho

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Le regard de Simon et sa paix intérieure ? 

On attend toujours avec impatience une nouvelle création de Diastème, mais pour ce nouveau texte nous retrouvons Simon le « héros »  de  La Nuit du Thermomètre   et de 107 ANS.

Quinze ans se sont déroulés depuis 107 ANS. Simon vit dans le canton de Vaud, pas très loin de la maison de Charlie Chaplin. Simon vit simplement, presque comme un ermite. Sa mère vit dans une maison en face, comme ça elle peut le surveiller, prendre soin de lui. Simon n’est pas dupe. Il compose. Depuis quinze ans il n’a pas revu l’amour de sa vie : Lucie. Une décision de justice lui a interdit pendant 5 ans de la voir. Interdiction d’approcher, a dit le juge. Simon a été jugé fou. Fou d’amour, fou d’absolu, fou de l’incompréhension du monde des adultes. Ont-ils compris que sans Lucie, il aurait fait sauter la planète, mais comme Lucie est sur terre, alors il n’a pas fait sauter la planète. Simon pense toujours et toujours à Lucie. Telle une savante et subtile araignée, il s’est tissée des toiles, des passerelles de soie pour vivre, des échelles de valeur pour ne pas dire aux arbres de la forêt qu’il aime toujours Lucie. Il a fait de ses habitudes ses amis. Simon est très intelligent, d’une sensibilité à fleur de peau qu’il cache, comme ses cicatrices. Ne pas faire de vague, ne pas motiver des questions auxquelles il ne veut pas répondre, déjà que le tatouage qu’il a sur la joue met en émoi les vaudoises, alors les cicatrices !

Sa mère lui offre un ordinateur. Il pense que ce n’est pas une bonne idée. Il n’a pas tord. Les choses ont beaucoup changées en 15 ans. Mais Simon apprend vite et il saura bien retrouver sur la toile Lucie, sa Lucie.

Cela fait quinze ans qu’il se prépare, pour retrouver Lucie. Le grand jour est arrivé, il le sent.

 

Diastème et Frédéric Andrau forment un tandem de création à l’instar de François Truffaut et Jean-Pierre Léaud, de Jean Cocteau et Jean Marais. Frédéric Andrau est Simon, il parle le Simon sans peine, avec une subtilité d’émotion. Pour ce troisième volet, 18 ans après la première création, nous retrouvons la candeur de ce petit prince qui serait tombé de son étoile mais qui reste accroché aux pans de la comète. Frédéric Andrau porte ce regard si particulier de  Simon, de ce Simon mature à qui ont a appris à composer, à se méfier de ses émotions. IL nous entraîne sur les cimes de ce texte sensible, ambigu dans lequel Diastème fait confiance aux spectateurs. Nous sommes entraînés sur un chemin avec des propositions pour les retrouvailles de Simon et Lucie, et un mot, une phrase peut nous égarer. Les photos d’Emma De Caunes la créatrice du rôle de Lucie, sont cernée par l’objectif  de Vanessa Filho.

Diastème a écrit La Paix Dans le Monde pour ceux qui ne connaissent pas encore Simon et puis, bien sûr pour ceux qui ont vibré avec lui dés le début. C’est un tour de force d’arriver à ce subtil dosage. Le texte est drôle, grave, amoureux. Parfois lorsque Simon nous regarde pour raconter ce récit intime de cet amour fou, il nous prend l’envie de le prendre dans nos bras et lui proposer notre aide dans sa quête du Graal, un Graal qui se nomme Lucie. Entre rires et émotions, le texte de Diastème puise au fond du cœur des amoureux. La sensualité désespérée de Simon  fait place à un torrent de désir. Simon est l’homme des paradoxes, une gravité puis un jeu de mot d’adolescent attardé. Simon n’est pas indifférent au monde, ni aux êtres qui l’entourent mais son monde intérieur, la passion qu’il doit juguler lui donne le regard rêveur d’un poète ou d’un Pierrot en quête de sa Colombine. Grave et léger, flamboyant et simple, il porte un regard acéré sur le monde. Avec Simon, nous préparons le jour ou il retrouvera Lucie. Où ils pourront s’aimer librement. Nous en témoignerons.

La force du spectacle est son apparente simplicité. Le décor est constitué d’une grande boîte en bois modulable, éclairé avec invention par Stéphane Baquet. Les photos de Lucie, Lucie de tous les fantasmes et la musique de Cali, nous plonge dans cette histoire qui nous émeut.

Un texte magnifiquement écrit par un Diastème très inspiré, servi par un comédien époustouflant Frédéric Andrau, voilà les ingrédients de l’un des plus beaux spectacles du festival.

 

Marie Laure Atinault, envoyée spéciale en Avignon