Laurent Montel

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Le Roi de Sicile, Léonte est heureux d’accueillir son ami Polyxène, le Roi de Bohême. Les deux hommes s’apprécient, tout est prétexte à rire. La Reine, la belle Hermione est enceinte. Elle est sage, et une hôtesse délicieuse. Mais tout à une fin et lorsque Polyxène exprime le désir de partir, Léonte demande à sa reine de l’aider à convaincre leur hôte de retarder son départ. Mais le venin de la jalousie envahi le cœur et l’esprit de Léonte. Il devient suspicieux, il interprète le moindre geste, le moindre mot comme une trahison. L’ami d’hier devient un traitre qui ne doit son salut qu’à son départ. La pauvre et innocente Hermione est convaincue d’avoir trompé son roi. Il l’enferme. Le bébé voit le jour en prison. Il sème la mort autour de lui, sourd à toutes les plaidoiries, même l’oracle d’Apollon est pour lui une insulte.

 

Le royaume autrefois riant devient une terre de malheur. Mais il y a de belles âmes, le bébé qui nait en prison est une petite fille, alors que son injuste géniteur voulait qu’elle soit tuée, elle est sauvée. 16 ans plus tard nous retrouvons Perdita (la jeune princesse) et ses moutons, de gaillards bergers, un fils de roi amoureux, des exilés valeureux. C’est la fête des moutons, des amours juvéniles, des révélations. Le printemps pointe son nez. Le Conte d’hiver est une tragi-comédie écrite tardivement. Shakespeare décrit le mécanisme de la jalousie avec une précision implacable le Maure de Venise ou le Roi de Sicile deviennent sourds et aveugles.

Dans la deuxième partie, nous retrouvons certains protagonistes et des personnages haut en couleur. La pièce est pleine de rebondissements de coup de théâtre.
Dans la première partie, un lustre en cristal monumental est suspendu au-dessus des têtes de la cour de Sicile. La présence de ce luminaire étonne, interpelle, il sera un élément de la scénographie et du temps qui passe.

Sandrine Anglade a réuni une troupe formidable. Sept comédiens pour plus de vingt rôles, mais ils sont également musiciens, chanteurs, danseurs, moutons, prince, benêt. Le drame terrible se meut en comédie champêtre. Cette pastorale nous enchante. Les larmes font place aux rires, au dénouement heureux. Tout cela a un côté roman populaire, on espère. Les comédiens avec dextérité passent d’un rôle à un autre, d’une humeur à l’autre. La musique jouée sur scène par l’inspirée Nina Petit, femme orchestre qui passe de l’accordéon, à la petite harpe comme les bardes moyenâgeux. Elle entraine les chants.


On déteste vraiment Damien Houssier qui joue le roi, il se rattrapera plus tard. Sarah-Jane Sauvegrain est une Hermione qui nous émeut. Laurent Montel, toujours si juste et puis toute la troupe nous enchante.
Sandrine Anglade convoque des spectateurs sur scène. Une expérience fondatrice pour certain.
La nouvelle traduction et adaptation de Clément Camar-Mercier réjouit tous les publics. Ce Conte d’Hiver est une belle réussite, le spectateur est pris par les émotions : révolté par l’injustice du Roi, amusé par les amours juvéniles. Nous sommes enchantés par cette ingénieuse scénographie et par un happy end qui nous rend heureux.

Marie Laure Atinault

 

Crédit photo Nadège Le Lezec