Denis Podalydes

All posts tagged Denis Podalydes

Les abords du théâtre de la Porte Saint Martin sont noirs de monde, le spectacle qui fait courir tout Paris est l’œuvre d’un jeune auteur de 31 ans… Le Cid est ancré dans nos mémoires scolaires, des répliques célèbres,  une histoire d’amour…. Cornélienne. Assurément Pierre Corneille serait heureux de voir que sa pièce affiche complet et attire un public nombreux et varié. Revenons dans les années 1600 et quelques. Le Cid  fut Créé le 7 janvier 1637 au théâtre du Marais, et le triomphe est immédiat et bien sûr les critiques sont au rendez-vous, le non-respect de la règle des trois unités offusquent les uns, réjouit les autres. L’intrigue dans l’Espagne du XI siècle parle d’honneur, d’amour contrarié par la raison d’Etat, par le respect filial.

Si vous avez la chance (??!!) de n’avoir jamais vu Le Cid, vous allez suivre le cœur palpitant l’histoire terrible et épique de deux amants promis l’un à l’autre jetés dans les tourments par la faute de leurs pères respectifs. Don Gomès gifle Don Diègue, amis hier, ennemis aujourd’hui car le Roi a nommé le vénérable DonDiègue comme précepteur pour le Prince. Le fougueux et vaniteux Don Gomès estime que son rival est trop vieux pour cette charge.
Don Diègue, humilié demande à son fils Rodrigue de le venger. Rodrigue as-tu du cœur ? Le jeune homme en a assurément, il est follement épris de Chimène la fille de Don Gomès. Promis l’un à l’autre ils devaient se marier. Et voilà que ces barbons prétentieux ruinent leurs espérances. Que de sentiments piétinés, malmenés…

L’Infante aime en secret Rodrigue, mais elle sait que son rang lui interdit une telle union et pire elle sait que son amie Chimène l’aime. Cornélien, je vous l’ai dit. On suit le cœur battant l’intrigue pleine de péripéties des amours contrariés de Chimène follement éprise den Rodrigue mais qui se doit à son père et Rodrigue amoureux de Chimène qui doit à son père réparation. Et la pauvre et noble infante, la fille du Roi, qui aime sans espoirs et reçoit les confidences de sa rivale, son amie Chimène. La raison d’Etat la gouverne.

 

Denis Podalydès réalise sa plus belle mise en scène. Sobriété, décors épurés, des grands panneaux ajourés descendent des cintres. Ce sont les moucharabiehs du sud de l’Espagne. Les costumes somptueux sans être ostentatoires de Christian Lacroix nous plongent dans ce siècle. La troupe de la Comédie Française habite, magnifie le texte. Quel plaisir d’entendre les vers si bien dit, de savourer chaque nuance de cette belle langue française. On redécouvre avec gourmandise les célèbres tirades ….Va, je ne te hais point, Blanchi sous le harnais, etc..

Rodrigue est parti pour repousser les Maures, il revient auréolé de gloire. La célèbre tirade dans laquelle il narre au Roi sa victoire Nous partîmes cinq cents…retient le souffle de toute une salle pleine à craquer qui suit le récit épique du jeune guerrier. La mise en scène est extraordinaire car nous sommes emportés dans ce récit paroxystique au son des tambours qui galvanise les combattants.

 

Benjamin  Lavernhe captive, envoûte toute la salle. Il s’inscrit comme étant un Cid de légende. Du jeune homme poussé au désespoir au héros supérieur mais toujours amoureux, il emporte tous les suffrages. La distribution est magnifique. De Christian Gonon qui campe un Don Gomès impétueux, face à lui Didier Sandre, un Don Diègue humilié qui fait résonner de façon si touchante Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! Jennifer Decker est une bien belle Infante, elle offre toute la finesse à ce magnifique rôle. Suliane Brahim est une Chimène puissante, intransigeante dans son amour filiale qui lui brise le cœur, ses accents nous émeuvent au-delà, des mots. Rodrigue a non seulement du cœur mais un talent supérieur. Héros malgré lui, il se jette dans la bataille en désespéré. Quel souffle épique !
Si comme le disait Nicolas Boileau : Tout Paris a pour Chimène a les yeux de Rodrigue, nous disons que Tout Paris a pour Benjamin Lavernhe les yeux de Chimène et de l’Infante.

Magnifique tout simplement.
Marie Laure Atinault

Le Cid de Pierre Corneille
Mise en scène Denis Podalydès, scénographie Éric Ruf, costumes Christian Lacroix, lumières Bertrand Couderc
Avec, Christian Gonon, Bakary Sangaré, Suliane Brahim, Benjamin Lavernhe, Didier Sandre, Jennifer Decker, Danièle Lebrun, Clément Bresson, Marie Oppert, Adrien Simion

Rating:

Le mois Molière à Versailles :    Un, deux, trois, Vive le théâtre !

Depuis vingt-huit ans, le mois Molière à Versailles est devenu un rendez-vous incontournable des amoureux du théâtre, qu’ils soient versaillais ou de la région, tant les propositions sont alléchantes. Des créations, des reprises sont suivis par un public nombreux et familial. Les tarifs sont très bas ou offrent des prix accessibles défiant toute concurrence. François de Maziéres, le maire de Versailles est le créateur de ce festival. Il ne ménage pas ses efforts. Son vélo est célèbre, car il se rend de lieux en lieux attentif à tout et à tous. Il faut saluer l’équipe de bénévoles qui ne compte pas leurs efforts. De nombreuses troupes sont en résidence, des troupes de théâtre amateur présentent leur spectacle. Un air de fête envahit toute la ville du Roi Soleil qui aimait tant le théâtre et protégeait notre grand Molière.
Le mois Molière est,  pendant trente jours,  le tremplin de 330 spectacles joués dans 62 lieux et accueille plus de 150.000 spectateurs .

Dans la programmation cette année, le patron du théâtre français, le grand Molière est mis à l’honneur entre autres  avec l’excellent spectacle de Nicolas Rigas, qui mêle avec un art consommé théâtre et chant d’opéra, Le médecin malgré lui, délicieusement mis en musique par Charles Gounod, Le Bourgeois Gentilhomme mis en scène par Bastien Ossart. On retrouve avec plaisir des « sociétaires » du mois Molière, Ronan Rivière revient avec son génial Revizor de Gogol, et présente également Le Journal d’un Fou du même Gogol. Antoine Seguin présente sa formidable trilogie de Pagnol à voir et à revoir et, nous offre une version de On purge Bébé de Feydeau, qui soulève des houles de rire. Notre cher Feydeau dans la mise en scène hilarante et tonique d’Anthony Magnier, dans Un Fil à la patte, qui est devenu un classique du mois Molière. Nicolas Rigas et sa troupe présentent, non seulement Le médecin malgré lui, mais également Une soirée chez Offenbach créée l’an passé et qui sera donné pour la première fois avec orchestre, et le même Nicolas Rigas met en scène Le Géniteur d’un jeune auteur dont nous parlerons plus loin.

 

Cette année le théâtre contemporain est présent, et cette nouveauté est bien accueilli par un public toujours aussi curieux, aussi présent. Un partenaire de choix pour beaucoup de festival est le temps. Le dimanche 2 juin, nous dansions tous une danse de la joie, point de pluie annoncée et même un soleil discret mais présent car l’un des lieux emblématiques est la cour de la Grande Ecurie, qui est un peu la Cour d’honneur pour le mois Molière. Mais en début d’après-midi rendez-vous au superbe théâtre Montansier, Denis Podalydès, le local de l’étape, devant une salle comble nous livre ses souvenirs d’enfant versaillais et son amour de Molière, au travers d’extrait de son livre En jouant, en écrivant, un joli moment de théâtre.
Nous découvrons la nouvelle pièce de Gilles Dyrek, Je m’appelle Georges, mise en scène par son complice Éric Bu. L’idée de départ est à la fois simple et ingénieuse, nous sommes conditionnés par notre prénom, il nous situe dans le temps, les noms composés marquent les années 50 / 60, les Elodie les années 80. En 2024, les Georges ne sont pas des perdreaux de l’année, mais notre Georges est sacrément séduisant. Alors qu’il emménage dans un nouvel immeuble, il se rend compte que toutes les résidences autour de lui portent le prénom de l’une de ses ex ? Quel est ce signe du destin ? Drôle, inventif, emporté par une distribution dynamique et talentueuse, Georges remporte tous les suffrages.

Je m’appelle Georges

Je m’appelle Georges

Je m’appelle Georges

Nous quittons la Cour des Grande Ecuries pour nous rendre au Conservatoire à rayonnement régional pour découvrir la création de la pièce Le Géniteur d’un jeune auteur François de Maziéres. Une voix enveloppante nous convie à nous asseoir ensemble. Pierre (Martin Loizillon) et Victoire (Mylène Bourbeau) veulent avoir un enfant. Ils sont jeunes, bien portants mais pour l’instant, leurs tentatives sont infructueuses, insidieusement chacun porte la responsabilité sur l’autre. Mais voilà, d’où vient la faute exactement ? Et puis d’abord qui était leur père, leur géniteur. Pierre fait des recherches et trouve son père biologique. Roger arrive chez le couple, mais il n’est pas très glamour…On rit beaucoup. Cette comédie qui expose avec humour un fait de société grave est joué avec finesse par un trio de comédiens des plus talentueux. Nicolas Rigas assure une mise en scène vive, soulignant chaque personnage avec pertinence.

Le géniteur

Nous continuons notre parcours dans le programme du mois Molière.
Au Potager du Roi, la Tempête de Shakespeare dans la mise en scène follement inventive de Stéphanie Tesson. A noter, les créations car nous ne l’avons pas assez souligné le mois Molière permet la création de beaucoup de spectacles dont certains réjouiront les festivaliers d’Avignon, de La Valise de Sophie Forte au Paris-Istanbul, Dernier Appel le dernier spectacle signé Éric Bouvron et du même Bouvron Johnny, Libre dans ma tête, avec Didier Gustin.
La musique est présente par des concerts dans les églises, à l’Hôtel de ville.
Ah quel beau festival que voilà !
Si vous allez au Festival Off d’Avignon vous pourrez retrouver certains spectacles dans un nouveau lieu l’Ancien Carmel et voir ceux que vous aurez raté.

 

Marie Laure Atinault

Le mois Molière à Versailles juin 2024
www.moismoliere.com renseignements : 01 30 21 51 39
Le mois Molière à l’Ancien Carmel d’Avignon du 3 au 21 juillet
www.moismoliere.com/avignon

Rating:

Je suis allé voir ce film avec quelques aprioris, n’étant pas vraiment fan de Catherine Deneuve, mais avec l’envie de voir le traitement fait à cette ancienne première dame de France. Et je dois avouer que Mademoiselle Deneuve est époustouflante de justesse, et que la réalisatrice, Léa Domenach mène son film avec une intelligence rare.

Doit-on raconter l’histoire? Bernadette Chirac a longtemps été dans l’ombre de son mari Jacques. Dans ce film le début montre son ascension et son élection pour son premier mandat. Bernadette est alors dans l’ombre, on voit bien que Jacques ne lui donne aucun pouvoir. Quand elle est  arrivée à l’Elysée, Bernadette s’attendait à obtenir enfin la place qu’elle mérite, elle qui a toujours œuvré dans l’ombre de son mari pour qu’il devienne président. Mise de côté car jugée trop ringarde, Bernadette décide alors de prendre sa revanche en devenant une figure médiatique incontournable. Et le film nous montre sa transformation. Une belle brochette d’acteurs à l’écran avec Michel Vuillermoz (le président), Denis Podalydes (Bernard Niquet,  le conseiller de Bernadette), qui est lui aussi excellent, sans oublier Claude Chirac, la fille du couple présidentiel et conseillère en communication de Jacques (Sara Giraudeau).

On est vite pris par le film, avec ses intrigues internes et on se range naturellement du côté de celle qui au début reste effacée, mais qui se transformera avec des idées nouvelles en une personne incontournable qui sera appréciée des français. On aperçoit les personnalités qui entourent le président : Yvon Molinier (Lionel Abelansky), Dominique de Villepin (François Vincentelli), et même celui qui sera président après Chirac , Nicolas Sarkozy (Laurent Stocker) . La seconde fille du couple Chirac , Laurence (Maud Wyler) est toute en nuances, sans oublier un Karl Lagerfeld plus vrai que vrai interprété par Olivier Breitman.

Franchement ce Bernadette est une très bonne surprise qui mérite vraiment le déplacement quelques soient nos opinions politiques. Ne manquez pas ce très beau film

un petit extrait:

Bernadette extrait Lagerfeld
Bernadette EXTRAIT

La bande annonce:

BERNADETTE Bande Annonce VF (Chirac, 2023) Catherine Deneuve