Marie Laure Atinault

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Le Théâtre des Champs-Elysées a présenté une œuvre peu connue et rarement représentée en France: Le Freischütz, le franc-tireur,  qui a les allures d’un conte de fées.

Carl Maria Von Weber est un compositeur quelque peu méconnu du grand public, si ce n’est son Invitation à la valse ( que certains appellent aussi : Invitation à la danse, une œuvre courte, et pourtant son opéra Le Freischütz, connut un triomphe lors de sa création en 1821. Admiré par Berlioz, Wagner, Debussy, Von Weber mériterait amplement que ses + de 300 œuvres soient plus largement jouées. Cet enfant de la balle a connu très tôt la vie d’un théâtre, et la musique fait partie de son éducation et de sa vie. On le considère comme le père de la musique romantique. Très vite il désire écrire un opéra qui prendra sa source dans des contes enracinés dans le fabuleux populaire, poussant le lecteur dans un passé recomposé. Avec le poète  Johann Friedrich Kind, ils se lancent dans cet opéra élégant.

L’histoire se situe en Bohème vers 1648. Max est le garde chasse du prince. Il est amoureux d’Agathe, la fille de Kuno, le chef des gardes forestiers. Ce dernier rappelle à Max que, pour lui succéder et épouser sa fille, il doit gagner l’épreuve de tir qui aura lieu le lendemain. Max vient de perdre un concours de tir, gagné haut la main par Kilian. Max en proie au désespoir, écoute les conseils de Kaspar qui lui suggère  d’utiliser des balles magiques. Naturellement, Max ne se doute pas que Kaspar est sous l’influence de Samiel, le démon, à qui il a vendu son âme.

Comment représenter ce monde sylvestre où les frondaisons cachent des secrets, des malédictions, des balles magiques. Peut-on échapper au chapeau tyrolien, et aux costumes folkloriques ? Nous sommes dans un univers cerné par les ténèbres. Des projections vidéo de forêt, d’hologrammes servent de décors. Le plateau plongé dans le noir permet les jeux d’illusions. Tout est magie, fantasmagorie, les personnages lévitent, les balles lumineuses dansent dans les airs comme des lucioles complices. Clément Dazin joue le démon Samiel, inquiétant et défiant les lois de l’équilibre. On tombe sous le charme du duo féminin. La soprano Johanni van Oostrum est une Agathe sensible qui éblouit avec la couleur de son timbre. Dans le rôle de sa confidente Annchen, la soprano Chiara Skerath est superbe. Bien sûr, Stanislas de Barbeyrac dans le rôle de Max fait passer toutes les émotions du chasseur et de l’amoureux. Vous pourrez aussi apprécier : Vladimir Baykov, Christian Immler, Thorsten Grümbel, Daniel Schumtzhard, Anas Séguin, sans oublier les choeurs qui sont formidables.

**TOUTES LES PHOTOS : @ VINCENT PONTET

Laurence Equilbey et l’ Insula Orchestra font merveille. Sa direction musicale, ferme et délicate donne à la partition toutes ses couleurs et nuances. Laurence Equilbey donne la mesure de cette œuvre capitale, injustement oubliée. N’oublions pas que cette partition était innovante, et donnait à la clarinette entre autres un relief jusqu’alors inconnu.  La densité de la partition, les fulgurances, la mélodie si élégante de cette œuvre en 3 actes sont admirablement servies dans cette mise en scène de Clément Debailleul

.Marie Laure Atinault

Une rencontre au sommet à Colombey Les Deux Eglises par deux bons comédiens !

Lionel Courtot est un jeune metteur en scène qui a eu un coup de foudre pour le texte magistral d’André Malraux « Les chênes qu’on abat ». Voici  son adaptation théâtrale de cette œuvre. Une rencontre au sommet entre deux figures majeures de l’histoire du XXème siècle. Le Général De Gaulle a eu très tôt la fibre politique et une vision très précise de l’avenir.  Son acharnement à défendre la France en Angleterre et son rôle prépondérant, forcent l’admiration. Malraux voulut le rencontrer et sera d’une fidélité indéfectible au Général. Malraux pourrait être un personnage de roman et même d’une série télévisée tant le personnage est incroyable écrivain, journaliste, aventurier, puis Prix Goncourt en 1933 avec « La condition Humaine ». .Il sera le ministre de la Culture de De Gaule et sera l’un des artisans de la reconnaissance du patrimoine. Il prendra des mesures pour nettoyer les monuments de Paris, et le Louvre retrouvera la couleur de ses pierres. Malraux n’est pas que l’homme à la voix inoubliable qui lira et fera vibrer avec le discours pour Jean Moulin, il n’est pas que l’homme au regard sombre et anxieux avec une cigarette à la bouche dont le visage sombre est parcourut de tics, ayant  le syndrome de Gilles de la Tourette.

Le Crépuscule est une rencontre au sommet entre deux intelligences, deux êtres à la culture raffinée.. On ne peut que regretter ce temps où les hommes politiques avaient fait leurs Humanités, où ils faisaient des citations latines sans avoir recours à un moteur de recherche. Ils œuvraient pour la grandeur de la France.

Pour interpréter ces grands hommes il fallait de grands comédiens, Lionel Courtot offre à deux comédiens, Philippe Girard et John Arnold, des rôles à leur dimension. Comment jouer des personnages historiques dont nous avons des images, l’enregistrement de leurs voix si reconnaissables, sans tomber dans la caricature. Pas d’imitation, pas de gestuelles accentués, John Arnold compose un Malraux terrien les jambes campées sur le plateau prêt à affronter cette formidable rencontre. On dirait un petit taureau. Philippe Girard laisse le texte porter son personnage, en force, en patience. Ces deux hommes se retrouvent peu de temps avant la mort du Général en 1969. Ils  se souviennent. Leur  méditation sur un monde en mouvance, sur un monde en mutation donne le vertige. Un huis clos où le verbe et la pensée politique sont toute en force et en intelligence.

Cette joute verbale alterne entre envolées lyriques et humour matois. Tel Cyrano (l’un des personnages préférés de De Gaulle) ils ont du panache.

Lionel Courtot a basé sa mise en scène sur la simplicité, qui offre un écrin au texte et à ses interprètes. Le sobre décor de Alexandre Fruh et les lumières de  Xavier Martayan, sans oublier  la création sonore de  Michaël Lefèvre donnent un ton à la pièce.

La force et la densité du texte que nous écoutons nous donnent envie de lire ou relire « Les chênes qu’on abat ».

Marie Laure Atinault, envoyée spéciale en Avignon

Notre envoyée spéciale à Avignon, Marie Laure Atinault a bien apprécié ce spectacle:

Depuis qu’elle est veuve, et même depuis toujours, c’est la première fois que Lucy Muir, prend son destin en mains. Un événement presque une révolution. Lucy loue une maison au bord de la mer, pour elle et ses deux enfants. Elle n’en peut plus de vivre sous le regard critique de sa belle famille. Malgré les réticences de l’agent immobilier, elle jette son dévolu sur une maison un peu isolée face à la mer.

© Karine Letellier

Dés qu’elle pénètre dans la maison elle sait que c’est elle. La maison est meublée et dans le salon trône le portrait du dernier propriétaire, le Capitaine Greeg. Il a un œil terrible, une barbe de loup de mer, mais Lucy le considère avec bienveillance. La maison craque mais Lucy  sait que le fantôme du Capitaine veille. Il est exigeant, un peu abrupt. Mais que croit-il ? Que Madame Muir va renoncer à sa nouvelle vie. Lucy avec obstination a décidé de faire sa nouvelle vie ici, et ce n’est pas un fantôme bourru qui va l’en empêcher !  Petit à petit elle va apprivoiser le Capitaine. A force de douceur, d’opiniâtreté  elle découvrira son secret.

Les cinéphiles auront tout de suite fait la connexion avec le film de J.L. Mankiewicz avec Gene Tierney et Rex Harrison « The Ghost and Mrs Muir ». Catherine Aymerie a adapté le roman de R.A.Dick.

La première bonne idée est d’avoir  basé l’adaptation sur le roman. La deuxième d’avoir situé l’action après la deuxième guerre mondiale. Le soin apporté aux costumes et aux coiffures et les quelques éléments de décor nous permettent de nous plonger dans cette histoire fantastique avec une bonne dose de surnaturel et d’enquêtes policières.  Le personnage de Madame Muir est celui d’une femme  ordinaire à qui il arrive une aventure extraordinaire. Le metteur en scène Michel Favart a choisi la simplicité en faisant confiance en l’imaginaire des spectateurs.

Les comédiens jouent plusieurs rôles, Paula Brunet Sancho sera terriblement sympathique dans l’un et à claquer dans l’autre, avec autorité. Alexandre Zambeaux est quant à lui nunuche et complexé en agent immobilier et séducteur séduisant pour séduire Lucy. Catherine Aymerie est une comédienne rare, fine et qui sait faire passer les émotions de Madame Muir, partie à la conquête d’elle même avec subtilité. François Cognard est le bourru et séduisant capitaine. Tous les deux soutiennent avec talent la comparaison avec Gene Tierney et Rex Harrison.

Ce beau spectacle se doit d’être présenté à Paris, avis aux directeurs de théâtre de la capitale, ne ratez pas un spectacle aussi délicat, avec la délicieuse Catherine Aymerie.

© Karine Letellier

Marie Laure Atinault pour Onsortoupas.fr